FightTalk Stories - Paddy Pimblett : Du caniveau de Liverpool aux projecteurs de Las Vegas
De la misère de Liverpool à l'UFC. L'histoire d'un survivant qui n'a jamais cessé de croire.

Il a débarqué à l’UFC en 2021 avec une tignasse blonde, un sourire de gamin et une promesse : « Je suis le nouveau cash cow ». Quatre ans plus tard, Paddy Pimblett a combattu pour un titre intérimaire, battu des légendes, et secoué le monde du MMA sans jamais vraiment convaincre les puristes. Mais derrière l’influenceur bodybuildé et le roi du trash-talk se cache un enfant de Huyton qui a traversé la misère, les addictions alimentaires et les pensées suicidaires. L’histoire d’un homme qui a transformé ses démons en carburant.
Le gamin de Huyton : un père en prison et une mère à la ceinture
Liverpool, début des années 2000. Paddy Pimblett grandit à Huyton, quartier populaire de la ville anglaise, là où la criminalité rythme le quotidien. Son père est régulièrement en prison. Sa mère l’élève seule, à coups de ceinture quand il dépasse les bornes. « Elle devait être autoritaire. Elle nous frappait avec la ceinture. C’était normal pour moi », racontera-t-il plus tard .
À 10 ans, il est suspendu de l’école primaire pour avoir apporté un pistolet à billes dans la cour. « On tirait sur les gens. Quelqu’un nous a dénoncés. Ma mère m’a passé un savon », confie-t-il sans fard . Le gamin est timide, renfermé. Il se cache dans les rôles de la pièce de l’école et dans la boxe anglaise qu’il pratique en amateur. Mais rien ne le prédispose à devenir une star.
Le déclic arrive à 15 ans. Un voisin lui montre un combat de MMA sur DVD. Diego Sanchez contre Clay Guida. Un classique. Paddy est scotché. « J’ai regardé ça et je me suis dit : je dois essayer » . Un mois plus tard, il pousse la porte du Next Generation Gym de Liverpool. Le 20 janvier 2010, il rencontre Paul Rimmer, l’homme qui deviendra son coach et son père de substitution .
Le surnom qui change tout : Paddy « The Baddy »
À 16 ans, Pimblett dispute son troisième combat amateur. L’annonceur lui demande un surnom. Il répond qu’il n’en a pas. Alors que l’homme s’éloigne, son coach Paul Rimmer lance : « Paddy « The Baddy », voilà ce que ce sera » . Le nom colle à la peau du gamin, qui enchaîne les victoires en amateur puis passe pro à 17 ans.
En 2016, il devient champion Cage Warriors des poids plumes. La consécration pour un gamin de Liverpool. Mais l’UFC, le Graal, tarde à venir. À 21 ans, on lui propose un contrat. Il refuse. « L’argent que j’ai gagné pour ces combats au Cage Warriors, ça m’a permis d’acheter ma maison, de payer le crédit de ma mère, d’aider ma sœur à avoir une nouvelle cuisine » . Le choix est pragmatique. Il préfère être une tête d’affiche en Europe qu’un combattant de préliminaires aux États-Unis.
Mais les démons ne sont jamais loin. En 2017, il perd son titre face à Nad Narimani. En 2018, il échoue à reconquérir une ceinture face à Soren Bak. Une main cassée nécessite deux opérations et l’éloigne de la cage pendant 18 mois. La dépression le rattrape. « Après ma défaite contre Bak, j’avais tellement honte que je ne voulais pas sortir de chez moi. Le matin, ma femme partait travailler et je m’asseyais et je pleurais » .
L’UFC, les projecteurs, et la transformation physique
Septembre 2021, Las Vegas. Paddy Pimblett fait ses débuts à l’UFC face à Luigi Vendramini. Il met KO l’Italien au premier round. Dans son interview d’après-combat, il lâche : « Scousers don’t get knocked out » (les Liverpuldiens ne se font pas mettre KO) . La phrase devient culte. Le personnage est né.
Le problème ? Son corps. Entre chaque combat, Pimblett prend une quantité de poids spectaculaire. Il remonte parfois au-delà des 95 kilos hors saison, pour redescendre à 70 kg avant chaque combat. Une montagne russe physique qui suscite les moqueries et les inquiétudes . Mais à chaque fois, il revient. Affûté. Prêt.
En 2022, il enchaîne trois victoires. Il est élu « Révélation de l’année » par l’UFC . Mais la controverse le rattrape. En décembre 2022, face à Jared Gordon, il l’emporte par décision alors que la plupart des observateurs donnent Gordon vainqueur. Une blessure à la cheville contractée en début de combat nécessite deux opérations. Un an d’absence .
Les victoires qui changent tout : Ferguson, Green, Chandler
Décembre 2023, UFC 296. Pimblett affronte Tony Ferguson. La légende sur le déclin. Il le domine et l’emporte par décision unanime . La machine est relancée.
Juillet 2024, UFC 304 à Manchester. Face à King Green, numéro 15 mondial, Pimblett livre sa plus belle performance. Une soumission par triangle/armbar au premier round. C’est la première fois que Green est soumis à l’UFC . Et Pimblett de glisser en conférence de presse : « J’ai fini Green une seconde plus vite que Makhachev » . La pique est savoureuse.
Avril 2025, UFC 314. Michael Chandler, le vétéran, le guerrier. Pimblett le domine et le met KO au troisième round . La victoire le propulse dans le Top 5 . Le « cash cow » est en route vers le titre.
La chute : Gaethje, le mur, et la renaissance
Janvier 2026, UFC 324. Pimblett affronte Justin Gaethje pour le titre intérimaire des poids légers. Le test ultime. Gaethje est un monstre. Un rouleau compresseur. Pimblett tient cinq rounds, mais perd par décision unanime . La première défaite de sa carrière à l’UFC. Le rêve s’éloigne.
Les critiques fusent. On dit qu’il a été surclassé. Qu’il a profité d’une division faible. Qu’il n’a jamais battu un vrai Top 5. Pimblett encaisse. Il disparaît des radars. Remonte à plus de 95 kilos. Puis, comme toujours, il se remet au travail.
Mai 2026, une nouvelle transformation choc. À quelques semaines de son combat contre Benoît Saint Denis à l’UFC 329, Pimblett affiche un physique méconnaissable. Le corps sculpté, le mental affûté. Son coach Paul Rimmer le résume : « Si je dis à Paddy que je suis le meilleur au jeu de l’oie, il va jouer huit heures d’affilée jusqu’à ce qu’il me batte » .
L’autre combat : la santé mentale des hommes
Au-delà de la cage, Pimblett est devenu une voix pour les sans-voix. En 2022, après un combat à Londres, il dédie sa victoire à son ami Rikki, qui s’est suicidé. Son discours devient viral : « Si vous êtes un homme et que vous avez un poids sur les épaules et que vous pensez que la seule solution est de vous tuer, parlez à quelqu’un. Je préfère que mon ami pleure sur mon épaule plutôt que d’aller à ses funérailles » .
Il lance la « Baddy Foundation » et est nommé « Célébrité de l’année » aux National Diversity Awards en 2024 pour son travail de sensibilisation . À ceux qui lui disent que c’est plus important qu’un combat, il répond : « Quand quelqu’un vient me voir et me dit « je ne me suis pas tué grâce à ce que tu as dit », ça signifie plus que n’importe quelle victoire dans la cage » .
Le paradoxe Paddy
Pimblett est un paradoxe ambulant. Adulé par les uns, détesté par les autres. Trop charismatique pour les puristes, trop technique pour les haters. Capable de passer de 95 à 70 kilos en quelques semaines sans que son corps ne lâche. Star des réseaux, ambassadeur de Barstool Sports, mais aussi coach bénévole pour les jeunes de son club .
En 2026, après sa défaite face à Gaethje, il est redescendu à la 9e place des classements Meta de l’UFC, un système de ranking généré par IA . Mais le combat contre Benoît Saint Denis, le 11 juillet 2026 à l’UFC 329, est une nouvelle chance . Une victoire contre le Français le propulserait de nouveau vers les sommets.
Pimblett n’a jamais été le plus fort. Il n’a jamais été le plus technique. Mais il a toujours été celui qui se relève. Le gamin de Huyton qui pleurait dans sa chambre après ses défaites est devenu un modèle pour des milliers de jeunes. Sa résilience n’est pas une posture. C’est une survie.
Alors, phénomène de société ou véritable combattant ? La réponse est dans ses yeux. Dans ceux d’un enfant de Liverpool qui n’a jamais cessé de croire qu’il finirait à Hollywood. Et qui, même après être tombé, continue d’avancer.
Suivez toute l'actualité MMA sur Fight Talk.